21 avril 2012

Ils sont devenus français...


Dans l'Obs: comment ils sont devenus français

Ils sont devenus français :

Un ouvrage se penche sur 40 dossiers de naturalisation accordée à des personnalités célèbres. Les archives montrent que ce fut souvent un combat pour les familles.

Le mime Marceau, Blaise Cendrars, Roger Vadim, Cavanna, Kosma, Alberto Uderzo, Émile Zola, Kandinsky ou Chagall ont au moins une chose en commun: figures incontournables de la vie culturelle française, ils n'ont pas toujours été français. Dans un livre d'enquête, Doan Bui et Isabelle Monin (1) racontent un an de recherches au service BB11 des archives, qui abrite les tonnes de dossiers liés aux naturalisations. «Nous sommes parties avec quelques noms d'artistes ou de célébrités en tête. Une fois les dossiers dénichés, tout était là: les demandes des familles, les recommandations, les enquêtes administratives ou de bonnes mœurs», raconte Doan Bui.

On a oublié que le père d'Astérix, Alberto Uderzo, dû attendre l'âge de 7 ans pour être français. Que la demande du père de Michel Drucker traîna pendant des années, notamment sous le poids du lobby médical qui craignait la concurrence étrangère. «La valeur professionnelle de monsieur Abraham Drucker n'est pas égale à la valeur moyenne des médecins français», lance ainsi le président du Syndicat des médecins de la Seine, dans une lettre adressée au chef du bureau des naturalisations, le 11 juin 1937.

Le livre s'organise en plusieurs séquences chronologiques. Car la France n'a pas accueilli ses étrangers de la même manière   et pour les mêmes motifs   au gré des époques. Avant 1803, «le pouvoir accorde des lettres de naturalités, en fonction des individus et de ce qu'ils apportent à la France », explique Anne Poinsot, responsable de la section BB11 aux Archives, «puis diverses lois, dont celles de 1803, 1889 et de 1927, encadrent les naturalisations tout en les rendant plus faciles ». Les Années folles sont témoins d'un afflux d'étrangers, dont des Italiens et des Russes blancs. On voit par exemple dans les archives les demandes des familles Goscinny, Plemiannikov (Vadim), Livi (Montand) ou Ginsburg (Gainsbourg). Joseph Ginsburg dépose sa requête en 1931 car il «désire donner à ses enfants une éducation essentiellement française». Et la naturalisation est accordée par la Préfecture de police en 1932, au motif «qu'il s'est bien adapté à nos mœurs et à nos coutumes».

 

Toutes ces familles croient à la France, à sa culture, à ses valeurs. «Ma mère me parlait de la France comme d'autres parlent de Blanche Neige ou du Chat botté», narre Romain Gary, anciennement Kacew Roman, né en Pologne et naturalisé en 1935. Ils se battent parfois férocement pour devenir français. «Je serai prêt à me rendre dans les colonies», plaide ainsi Abraham Drucker, en gage de son implication dans la vie du pays.

Mais ce sont surtout les services rendus à la nation qui serviront de levier, l'exercice d'un art ou le rayonnement culturel venant bien après. C'est une fois blessé par un éclat d'obus en 1916 que Guillaume Kostrowitzky, dit Apollinaire, a décroché son sésame.

La période de Vichy remet en cause un certain nombre de décisions prises antérieurement. Les auteurs mettent au jour les petits papillons de la commission de révision des naturalisations, qui a passé au crible toutes les naturalisations acquises depuis 1927. «Avis de retrait», peut-on lire dans le dossier des Ginsburg, une main ayant ajouté en marge de l'avis: «Juifs».

Après guerre, les hauts faits de résistance sont récompensés. Le dossier de Georges Charpak est accepté «étant donné ses sentiments allemands». Petit à petit, on ne parle plus d'étrangers, mais d'immigrés. Et à partir de 1960, une autre page de cette histoire française s'ouvre.

Ils sont devenus français, Doan Bui et Isabelle Monin, Ed. J.-C. Lattès.

Source Le figaro
Par  Claire Bommelaer

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