25 janvier 2012

A boire et à manger, "Wine sound system"

Une soirée dégustation de vin en écoutant de la musique chez mon libraire ! Pas banal et inoubliable !

     Interwiew tirée du site www.berthomeau.com      

« Associer le vin    et la musique est un geste sans fondement, un parcours guidé par aucune étoile polaire... » voilà une fraîche honnêteté qui laisse bien augurer du projet de ces « dégustateurs de    vinyles » et « écouteurs de bulles», ces iconoclastes, ces provocateurs : un DJ gastrophile musical et « un buveur qui écrit pour se payer le vice et se bat pour un    développement buvable » deux italiens Donpasta né dans le talon de la botte le Salento dans les Pouilles, adepte du farniente « les montagnes il les contemple de loin,    et ça le fatigue déjà... » Candide, « napolitain dans l’âme et gitan par choix, raconte être né sur la terrasse d’un café, où se trouvent ses seules racines et où    il veut mourir. » Des phrases appelées à devenir culte telle que « Et surtout, le verre doit être troué, il se vide tout seul ! » Je partage avec eux la même philosophie sur    le vin « il faut le boire. Rien ne sert d’en parler, et encore moins d’écrire dessus. » et la « même envie d’extraire le vin de la mise en scène théâtrale dans laquelle il est    souvent enfermé. »

 

Wine Sound System publié par autrement 17 euros est un opus joyeux et jubilatoire qui invite à jouer avec le vin en se laissant    guider par ses sensations, à l’écouter en le partageant. Parler du vin en musique en débouchant une bouteille, en ne s’adressant qu’au cœur et à l’âme, en magnifiant le dolce farniente, c’est un    vrai projet de vie où la légèreté, ce doux zéphyr qui élève, donne de la hauteur, prend la valeur d’une philosophie. Ce livre est tout sauf un guide, « nous ‘avons choisi que trente    bouteilles », des coups foudre, choix fondé « sur l’amour et, parfois, l’émotion qu’a suscitée en nous la rencontre avec quelques producteurs et leurs vins. » Ces vins sont    majoritairement compris dans la fourchette de 10 à 20 euros, parfois même moins de 10. Détail d’importance pour les chauvins que nous sommes « la présence d’un nombre important de bouteilles    françaises. » Vous l’avez compris ce bouquin sans règles du jeu me botte – j’suis 100% italien en ce moment – « on peut s’y adonner avec n’importe qui et n’importe quel genre de    musique ; à chacun de trouver le son qui s’accorde bien le vin. Alors... à vous de jouer ! »

 

Cet accord, et musical, et amical : les trois vignerons choisis sont des amis, me plonge dans une volupté abyssale. Francis, Olivier, Patrick qu’il est bon de    nous connaître, « un peu de douceur dans ce monde de brutes... », nos liens par le vin, par cette amitié confiante et sereine, c’est une parcelle d’humanité, le bien le plus    précieux : «  à la vôtre, à la nôtre et à tous les autres qui voudront bien partager avec nous notre goût immodéré de la convivialité... » Santé !

 

Champagne millésimé 1988 (Raymond Boulard)

« Qu’y  a-t-il de plus poignant qu’un vieux champagne ? Francis Boulard, compagnon de quelques aventures, nous a fait cadeau d’une bouteille de sa    réserve familiale. Les bulles sont encore vives, mais l’effervescence a perdu a perdu de son ampleur. Nous reconnaissons le pain d’épices caractéristique. Le moelleux est équilibré par    le coing et l’abricot. Les notes tertiaires sont les plus difficiles à décrire, comme il est difficile de dire la mélancolie qui accompagne nos journées les plus heureuses. Comme si la joie ne    voulait pas oublier ses humbles origines, la fatigue dans les vignes et la douleur qui l’a fait naître. Une note de truffe blanche retrouvée devient, une fois que le verre est vide, le fil de    mille pensées. »

Nina Simone

« J’ai vu Nina Simone en concert lorsque j’avais 14 ans, par une chaude journée d’août, sur la place de Lecce. La chaleur qui unit le corps et le monde.    Adolescent encore imprégné des cris perçants du punk, j’ai vu la douleur se transformer en fierté et en sourire, pieds déchaussés et dos redressé, danse du bassin et regard de femme.

Nina Simone m’a appris la limite entre la rage et le refus. Entre la violence et l’art. À travers le son des mots. Ceux qui font le plus mal. En cette nuit d’été,    elle m’a offert le cœur que j’avais enfoui pour laisser la place à mes coups de poing colériques et à mes cris aphones. Pour elle, la révolte consistait à moduler sa voix pour parler le langage    des bébés qui viennent de naître, lorsqu’ils sont tous égaux. Ne rien coupe. Je conseille tout de Nina Simone. Sinnerman et Srange Fruit sont mes préférés.

 

Amy Winehouse

« Mais pour une fois, je vais t’épargner le plaisir mélancolique de l’association vin rouge et chanson triste existentielle que j’aime tant, et je vais laisser la    reine, Amy Winehouse, accompagner mon chablis. D’ailleurs, avec un nom pareil, elle doit s’y connaître »

« Miracle. Il existe encore des disques qui, certes, sont fait pour être vendus, mais qui savent aussi être incroyablement beaux. On avait un peu perdu leur    trace, en raison de la stupidité des producteurs qui pensent que les gens sont complètement formatés.

(...) La production de l’album Back to Black d’Amy Winehouse est précieuse et soignée, mais en même temps roots et rétro, entre Motown et le hip hop    des De la Soul (...) Back to Black est un album magnifique. Il faut espérer qu’il ne se fer pas écraser par le fantasme de l’artiste maudite, dont raffolent les maisons de disques et les    journalistes, qui y trouvent le moyen de distraire les gens du caractère tragique du monde et de l’espoir d’un art plus pur. »

Chablis Bel Air et Chardy 2006 (De Moor)

(...) nous sommes entrés dans un bistrot pour acheter cette bouteille, comme c’est le cas le plus fréquent. La paresse se paie : il est un peu trop jeune,    c’est la cuvée la moins minérale. Ce 2006 est très bon mais jeune, donc de caractère changeant. Il se présente en sourdine, timide, replié sur lui-même et protégé par sa réduction, mais en    bouche, la trame est déjà magnifique, soyeuse. Il entre ensuite dans un état d’excitation et explose en un fruit de la passion charnu. Par excès de générosité, il perd son équilibre et fait de    l’ombre à une belle veine minérale qui commence à se prononcer. Le peu qui a survécu à notre soif nous a séduits, quelques heures plus tard par sa finesse. De délicates notes de gingembre et de    santal, la veine minérale et acide met de l’ordre et de la perspective. La timide et ténébreuse petite fille s’est transformée en une adolescente ébouriffée et extravertie, pour devenir, enfin,    une magnifique bouteille de chablis. »

Donpasta – Tu as déjà lu La danse immobile de Manuel Scorza ?

Candide ne l’a pas lu car il est allergique à la littérature sud-américaine. Moi non plus mais j’aime la littérature sud-américaine et l’anecdote contée par    Donpasta est brûlante. Je ne la déflore pas mais ce corps à corps, cette valse d’union chantée par Léonard Cohen « je me déguiserai en fleuve, ma bouche sur la rosée de tes cuisses.. ».    Ensuite il lui prépare un dîner d’amoureux où il dépense ce qu’il n’a pas dans ses poches. Nuit de bohème « un coteaux-du-layon accompagnait les crevettes à la papaye (...) Il ne repartit    jamais. Elle, par contre, s’en alla. Légère. (...) Puis il écrivit La Danse immobile. »

Coteaux-du-Layon SGN 1999 (Patrick Baudouin)

« C’est un vin imposant, qui a le caractère et la carrure de son producteur, Patrick Baudouin, dont il partage aussi le destin. Aimé ou détesté, profondément    dans les deux cas. Il a l’air d’un vin monolithique avec ses cent dix grammes de sucres résiduels, mais il possède aussi des notes aromatiques intenses : des fruits secs (abricot) à la    poire, en passant par la classique écorce d’orange. La première gorgée a le caractère direct et agressif d’un rouge, mais, après une entrée grandiose, la trame se déstructure et le monologue    devient conversation. Des notes épicées, salines, citriques. L’acidité équilibre les sucres et la matière et réussit à imprimer au vin un second mouvement qui nous intrigue et finit par nous    séduire, maintenant l’énergie du début, tout en devenant confidentiel, tendre. Ce geste initial presque agressif devient une caresse, une embrassade timide. »

Léonard Cohen

« Il a toujours dit qu’il faisait de la musique parce qu’on ne peut pas vivre de la poésie. Take This Walz est le résultat d’une plume heureuse, comme si dans    la musique il avait continué à faire de la poésie. Sa première période est caractérisée par un folk raffiné aux influences dylaniennes incontestables. C’est de cette période que datent la plupart    de ses chansons les plus connues : Suzanne, So Long, Marianne, entre autres. L’estime est partagée puisque Bob Dylan, à son tour, chante encore aujourd’hui Hallelujah de Léonard Cohen à    chacun de ses concerts.

Dans les années 1980, Léonard Cohen a complètement changé de style et s’est laissé séduire par des sons électroniques. Je pense qu’il est, avec Gainsbourg, le seul    artiste à avoir utilisé sans dommage les synthétiseurs de cette époque. Dans I’m Your Man par exemple, les rythmes lents et raides du son digital mettant vraiment en valeur sa voix de papier de    verre et de bourbon. »

Vraiment un livre à boire sans aucune modération...

 
 
 

Posté par minutebleue à 08:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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